À 21 ans, la nantaise Fatoumata Gassama a conçu une exposition et un jeu de société pour briser le tabou de l’excision auprès des jeunes. Fille d’une mère excisée, l’étudiante en langues étrangères appliquées veut plus largement sensibiliser aux droits des femmes à disposer de leur corps.

Sweat large, baskets et longues tresses tombant sur ses épaules. Fatoumata Gassama, étudiante de 21 ans en langues étrangères appliquées à l’université de Nantes, se fond volontiers parmi les collégiens et lycéens qu’elle rencontre. « Ils se sentent très vite à l’aise avec moi », confirme la jeune femme, qui a créé une exposition et un jeu de société pour briser le tabou de l’excision, qui concernerait 125 000 femmes en France, 530 000 en Europe et 200 millions dans le monde entier.

Elle a baptisé son projet Ubuntu, du nom d’un proverbe africain qui signifie : « Je suis parce que vous êtes. » « Je n’ai pas été excisée mais 80 % de mon entourage l’a été. C’est de l’histoire de toutes ces femmes que je me nourris », explique la jeune femme, dont la mère, née en Guinée, n’a pas échappé à cette mutilation.

« Mon grand père était contre mais il n’a pas eu le choix », raconte-t-elle. Née à Saintes (Charente-Maritime), elle est partie vivre à Nantes avec sa mère et ses frères et sœurs après le divorce de ses parents. Mariée à un homme qu’elle n’a pas choisi, sa mère s’est installée avec lui en France, à Saintes (Charente-Maritime). Quelque temps après leur divorce, Fatoumata Gassama est partie vivre à Nantes avec sa mère et ses frères et sœurs. « Petite, je posais beaucoup de questions, se souvient-elle. Trop pour mon entourage ! Je ne comprenais pas pourquoi on bat les femmes, pourquoi elles ne peuvent pas disposer de leur corps, pourquoi elles doivent demander l’autorisation pour passer le code, etc. »

L’Égypte des pharaons

Après une année de droit à l’université de Nancy – « je voulais devenir avocate dans le domaine des droits de l’homme », l’étudiante revient à Nantes effectuer un service civique à l’Association Léo-Lagrange. Là, on lui laisse carte blanche pour réaliser une exposition sur l’excision. « Pendantmes recherches, j’ai découvert des tas de choses que j’ignorais. Je pensais que cette pratique était limitée à l’Afrique, mais elle est aussi étendue en Amérique et en Asie. » Elle apprend aussi que l’excision n’a rien de religieux : elle puise son origine dans l’Égypte des pharaons, qui souhaitaient empêcher leurs femmes d’avoir des rapports avec d’autres hommes. « Dans certains pays, c’est même un business », poursuit-elle, citant une clinique russe spécialisée dans ces opérations ou une journée gratuite pour l’excision des femmes en Indonésie.

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Fatoumata décrit aussi les différentes formes d’excision, allant de l’ablation du clitoris externe à la fermeture totale des lèvres des femmes, appelée infibulation. « Quelle que soit sa forme, elle a toujours des conséquences physiques négatives : absence de plaisir, douleurs, infections à répétition, problèmes pour accoucher… Sans parler de l’impact psychologique. »À ce titre, les témoignages de femmes recueillis par ses soins pour l’exposition sont édifiants. « L’une d’elles m’a écrit qu’on lui avait arraché une partie d’elle-même. Une autre a eu tellement mal qu’elle n’avait même plus la force de pleurer.»

Poids des traditions

Après cette première exposition, la jeune femme a obtenu des financements de la mairie pour en réaliser une autre, plus étoffée, à destination du monde de l’éducation, où ce sujet est trop peu abordé. Elle a été présentée dans une vingtaine d’établissements scolaires et associations cette année. Son jeu de société, plus ludique, s’adresse aux jeunes dès 13 ans. À chaque fois, elle a travaillé avec l’illustrateur nantais Yassin Latrache. « C’est important qu’un homme soit partie prenante du projet, glisse-t-elle. L’idée c’est que tout le monde et toutes les cultures entrent dans la conversation. »

Reste qu’il n’est pas toujours facile de s’attaquer au poids des traditions. « Forcément, on se met des gens à dos. Quand mes oncles ou tantes me croisent dans la rue, ils ne me disent pas bonjour. Mais ce n’est pas ça qui va m’arrêter ! »

Pas évident non plus de s’investir pleinement dans cette cause, tout en menant à bien ses études et en travaillant en parallèle comme animatrice périscolaire. « Je ne suis pas aussi légère que mes amis, admet-elle. Je ne fais pas beaucoup de choses de mon âge car je mets toutes mes forces ailleurs. »Plus tard, Fatoumata Gassama aimerait intégrer une école de commerce. « Mais c’est rare qu’ils prennent des boursiers, non ? » Avec une telle soif de convaincre, on l’imagine franchir toutes les portes…

Son inspiration : un film et un livre bouleversants

Fatoumata Gassama explique que le film Fleur du désert, sorti en 2010, lui a permis de comprendre ce qu’était l’excision. Il raconte l’histoire de Waris Dirie, Somalienne excisée à 5 ans puis devenue mannequin et ambassadrice de l’ONU contre les mutilations sexuelles. À 16 ans, le lecture du livre Mutilée est aussi un électrochoc. Il a été écrit par Khady, présidente du réseau européen de la lutte contre les mutilations génitales et de l’association La palabre. « Ce journal intime d’une femme racontant l’horreur de l’excision et de sa nuit de noces m’a bouleversée, confie ­Fatoumata Gassama. Il fallait que je fasse quelque chose contre cet acte dangereux et barbare ». En tant que femme à la peau noire, elle s’engage aussi en mémoire des esclaves. « Je veux honorer leur combat, étudier et être écoutée, car c’est une chance que mes ancêtres n’ont pas eue. »

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